Autoconsommation collective (ACC) : quel mode de gouvernance permet de faire converger des intérêts parfois divergents et d’accélérer un modèle local, sobre et efficace ? En analysant 5 écoquartiers, Charbel Hobeika et Quentin Labrue (École Polytechnique) apportent des réponses concrètes.
Alors que l’autoconsommation individuelle a dépassé les 100 000 utilisateurs raccordés en 2021 en France, l’ACC progresse plus discrètement : de 6 projets / 44 participants (2018) à 68 projets actifs / +800 participants (fin 2021). Promesse : une énergie verte, produite et partagée localement. Réalité : des obstacles techniques, économiques et surtout de gouvernance d’un réseau décentralisé.

L’autoconsommation, c’est consommer sa propre production (souvent photovoltaïque). On distingue :
Dans les deux cas, le raccordement au réseau central reste indispensable (surplus de production/consommation, intermittence). Les consom’acteurs deviennent à la fois producteurs, revendeurs et consommateurs, avec un triple objectif : économies, décarbonation et empowerment.
L’ACC fragmente la chaîne de valeur entre consommateurs/fournisseurs, producteurs ENR et responsables d’équilibre, PMO (personne morale organisatrice), services tiers, GRD et régulateur national. La coordination est déterminante.

L’étude compare 5 projets d’ACC (écoquartiers) et met en regard la littérature sur la gouvernance des réseaux pour faire émerger 4 formes de gouvernance, avec leurs avantages/inconvénients.


Malgré un échantillon limité, l’étude montre des progrès nets en 10 ans. La viabilité dépendra d’un triptyque :collectivités engagées, technologies (stockage, smart grids) et régulation incitative (réexaminer péréquation et timbre-poste pour encourager l’ACC). À ne pas oublier : la fin de vie des actifs (panneaux) pour rester vraiment vert et durable.
Le bon mode dépend de la composition du projet, du niveau de confiance et du contexte techno-économique. La régulation et l’orchestration restent les accélérateurs clés.
Farah Doumit est doctorante au Centre de Recherche en Gestion (École Polytechnique). Elle travaille sur les business models de l’économie circulaire dans les secteurs des déchets, de l’eau et de l’énergie.